« On s’est vus trop beaux » : comment Oyonnax a totalement changé de visage en un an

Fabien CIBRAY coach of Oyonnax
Publié le mai 21, 2026

L’heure du rachat a sonné dans le Haut-Bugey. Un an seulement après avoir touché le fond en Pro D2, l’USO retrouve la fraîcheur des phases finales qu’elle a tant fréquentées entre 2019 et 2023.

Quatrièmes au terme de la saison régulière, les Oyomen s’apprêtent à défier Valence-Romans ce jeudi 21 mai 2026 à 21 heures dans leur forteresse de Charles-Mathon. Un rendez-vous aux allures de rédemption pour un club de rugby qui a mangé son pain noir et qui, sous l’impulsion de Fabien Cibray, a su retrouver ses vertus historiques. Mais si la machine offensive tourne à plein régime, le président Dougal Bendjaballah garde la tête froide : pour revoir le Top 14, Oyonnax devra franchir des montagnes sportives et combler un sérieux déficit économique.

C’est la fin d’une parenthèse douloureuse pour l’un des habitués du haut de tableau. Après une descente de Top 14 mal digérée et une piteuse 12e place lors de l’exercice 2024-2025 malgré des arguments financiers majeurs , Oyonnax a remis les mains dans le cambouis. En se qualifiant pour les barrages face aux Drômois du VRDR, le club de l’Ain efface l’anomalie de la saison passée. Un retour au premier plan qui ne doit rien au hasard mais tout à un retour salvateur aux basiques de l’identité « Oyomen ».

« On s’est vus trop beaux » : comment l’arrogance a précédé la chute

Dougal Bendjaballah n’a pas cherché à édulcorer. Le président d’Oyonnax, en poste depuis 14 ans, a posé le diagnostic sans détour : « Ça va faire 14 ans que je suis au club, et c’était de loin la pire saison. On a mal géré la descente, on s’est vus trop beaux. À la présaison, certains joueurs négociaient déjà des bonus de qualification en demies ! »

Cette phrase résume tout. Un club qui sort du Top 14, qui dispose de la 2e masse salariale de Pro D2, et qui commence la saison en comptant ses primes de finale avant d’avoir joué un match.

Le résultat : 12e place en 2024-2025. Une humiliation arithmétique. Les moyens étaient là. L’état d’esprit, non.

La saison 2025-2026 commence pourtant dans la continuité de ce désordre. Dès la première journée, Oyonnax s’incline à domicile face à Grenoble sur le score de 28-30. Un revers inaugural qui aurait pu enfoncer le club un peu plus. Il ne l’a pas fait.

Le vrai déclic arrive le 14 novembre 2025, à Agen. Victoire 27-23 dans un match âpre, sur un terrain hostile. Ce soir-là, quelque chose bascule. Le groupe cesse de se croire au-dessus du travail.

122 essais et 15 cartons : les statistiques d’une reconstruction disciplinée

« On a redoré le blason, c’était le gros thème de la saison. On a retravaillé sur nos valeurs et on est revenus sur nos basiques. » Fabien Cibray, manager d’Oyonnax, résume en une phrase ce que les chiffres confirment.

122 essais marqués en 2025-2026 : le 2e total de la division, et le record historique récent du club l’ancien record était de 117 essais. Ce n’est pas un accident de calendrier : c’est un jeu construit, répété, assumé.

La discipline raconte la même histoire. 15 cartons jaunes sur l’ensemble de la saison : le plus faible total de toute la division. L’an passé, Oyonnax perdait des matchs sur des indisciplines individuelles. Cette saison, le groupe a tenu.

Le profil de jeu est cohérent de bout en bout. 52 % de taux d’occupation top 3 de la division. 156 franchissements top 3 également. Oyonnax ne subit plus : il impose.

La fin de saison régulière confirme la solidité acquise : 6 victoires lors des 8 derniers matchs. Un club qui finit fort, pas un club qui s’effondre quand l’enjeu monte.

Les 18 points perdus et l’ambition mesurée : vers le Top 14 ?

Bendjaballah est satisfait. Mais pas aveugle. « Cela fait 18 points perdus en tout. Cela aurait pu nous permettre d’être dans les deux premiers, on ne l’aurait pas volé… Pour l’instant, c’est une bonne saison plutôt qu’une très bonne saison. »

Ces 18 points perdus Bendjaballah ne détaille pas les circonstances exactes auraient suffi à placer Oyonnax dans le top 2, synonyme de demi-finale directe. À la place : les barrages, avec un adversaire sérieux. Valence-Romans a battu Oyonnax 40-21 lors de leur dernier duel, le 27 mars 2026. L’écart était brutal. Le club de la Drôme ne sera pas une formalité.

Oyonnax prépare déjà l’après : Thomas Vincent et Thomas Darmon, deux profils Top 14, ont signé. Le club se projette vers l’élite sans le proclamer.

Car le chemin reste long. Bendjaballah l’a chiffré : un budget de 24 millions d’euros, avec une masse salariale de 8 à 9 millions, serait nécessaire pour tenir en Top 14. Oyonnax n’y est pas encore. Mais le club construit dans cette direction, méthodiquement, sans se croire arrivé avant d’avoir joué.

C’est précisément ce que la saison 2024-2025 avait appris dans la douleur.

Oyonnax a transformé une humiliation collective en reconstruction méthodique. Fabien Cibray l’a dit sans fard : « On a mangé notre pain noir pendant un an, peut-être plus car l’année de Top 14 n’a pas été facile non plus. On commence à voir les beaux jours. Mais ce n’est pas de la chance, c’est du travail. Le club est là où il voulait être. »

Le vrai test commence maintenant. Les barrages contre Valence-Romans d’abord un adversaire qui a humilié Oyonnax il y a deux mois. Puis, si la montée se confirme, la question du retour en Top 14 avec un budget encore insuffisant pour rivaliser sur la durée.

Un an après s’être crus trop beaux, les Oyomen ont retrouvé quelque chose de plus solide que la confiance : la lucidité.

Votre club a-t-il déjà vécu une saison à se croire trop fort et comment s’en est-il sorti ?

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