Une étude majeure de 2023 révèle que 68 % des cerveaux d’anciens joueurs de rugby à XV examinés présentent des signes de CTE et 62 % de ces cas concernent des joueurs amateurs.
Depuis 2023, les données scientifiques sur les lésions cérébrales dans le rugby confirment un risque systémique à tous les niveaux de pratique. Si vous jouez ou avez joué au rugby, même en amateur, cette étude vous concerne : elle quantifie votre exposition au risque cérébral. Cet article explique le mécanisme biologique derrière la CTE, montre pourquoi les amateurs sont aussi touchés que les pros, et décrypte les actions en justice qui changent le débat en 2026.
CTE au rugby : comment 68 % des cerveaux étudiés ont été endommagés
La revue Acta Neuropathologica a publié en 2023 une étude qui fait date. Ses auteurs ont analysé 31 cerveaux d’anciens joueurs de rugby à XV. Résultat : 21 d’entre eux présentaient des signes de CTE, soit 68 % des cerveaux examinés.
La CTE encéphalopathie traumatique chronique est une maladie neurodégénérative provoquée par des traumatismes crâniens répétés. Elle ne peut être diagnostiquée qu’après la mort, par examen direct du tissu cérébral. Il n’existe à ce jour aucun test clinique permettant de la détecter chez un patient vivant.
Le rugby à XV est un sport de contact où les chocs crâniens sont structurels : plaquages, mêlées, rucks. Ces impacts s’accumulent sur des années. C’est la répétition qui est en cause, pas la violence d’un choc isolé.
Mais le chiffre le plus révélateur n’est pas celui-là : c’est la proportion de joueurs amateurs touchés.
Les amateurs aussi : 62 % des cas de CTE concernaient des joueurs non-professionnels
L’étude Acta Neuropathologica de 2023 démolit l’idée reçue selon laquelle ce risque concernerait avant tout les professionnels.
62 % des joueurs touchés par la CTE avaient évolué uniquement au niveau amateur. Pas en Top 14. Pas en Premiership. En club de village, en fédérale, en championnat régional.
La corrélation est dose-réponse : chaque année supplémentaire de jeu ajoute 14 % au risque de CTE, indépendamment du niveau de compétition.
Un amateur qui joue quinze ans accumule autant d’années d’exposition qu’un professionnel. Le niveau de jeu n’influence pas le risque seule la durée compte.
Ces données de 2023 ont été complétées en 2025 par deux études qui éclairent les mécanismes biologiques en jeu.
Le système glymphatique saturé : comment le cerveau abandonne face aux chocs répétés
Une étude de l’Université d’Auckland, publiée dans Sports Medicine en septembre 2025, établit que les anciens joueurs de rugby présentent 25 % de risques supplémentaires de développer une démence par rapport à la population générale. L’étude a suivi près de 13 000 anciens joueurs néo-zélandais sur 35 ans, comparés à 2,4 millions d’hommes aux profils similaires.
En novembre 2025, le Dr Dhanush Amin, de l’Université d’Alabama à Birmingham et de la Cleveland Clinic Nevada, a présenté à la conférence RSNA une étude sur le système glymphatique chez des boxeurs et combattants MMA professionnels dont les conclusions s’appliquent à l’ensemble des sports de contact à impacts répétés.
Le mécanisme identifié est celui du système glymphatique. Ce système fonctionne comme un réseau de plomberie cérébrale : il élimine les déchets métaboliques accumulés dans le cerveau, notamment les protéines tau associées à la CTE. Sous l’effet de traumatismes répétés, ce système s’emballe d’abord, puis s’épuise. Les déchets s’accumulent. Les lésions s’installent.
Ce mécanisme biologique documenté explique pourquoi les années de jeu comptent davantage que la violence d’un choc isolé.
Sur le front juridique, plus de 1 100 anciens rugbymen dont 784 issus du rugby à XV ont rejoint une action collective contre World Rugby, la fédération anglaise (RFU) et la fédération galloise (WRU), accusées d’avoir sciemment minimisé les risques neurologiques. Un procès est prévu en 2026. Ces recours posent une question de responsabilité institutionnelle que les protocoles HIA les évaluations de commotions introduites par World Rugby n’ont pas suffi à éteindre.
Ces études 2023, 2025 et l’action collective en cours forment un corpus scientifique et judiciaire qui ne laisse plus de zone grise : le rugby expose ses pratiquants à un risque cérébral systémique, à tous les niveaux de compétition.
La question n’est plus « y a-t-il un risque ? » mais « comment le gérer et le réduire ? » et cette responsabilité incombe désormais aux instances du sport autant qu’aux joueurs eux-mêmes.
Si vous avez joué au rugby plus de dix ans, avez-vous consulté un médecin du sport ou un neurologue pour un bilan préventif ?