À 37 ans, Maxime Machenaud assume pleinement son décalage : pendant des années, il a bu de l’alcool non par goût mais pour se conformer à la culture du rugby, avant de s’en affranchir avec la maturité.
Maxime Machenaud, demi de mêlée passé par dix ans au Racing 92 (2012-2022) avant de rejoindre l’Aviron Bayonnais en 2022 club qu’il s’apprête à quitter cet été pour retrouver le Racing 92 , ne consomme de l’alcool que 3 ou 4 fois par an (Maxime Machenaud, 29 mai 2026). Un chiffre qui tranche radicalement avec la culture festive du rugby.
« Je buvais de l’alcool pour faire comme tout le monde » : le poids de la conformité au rugby
« Je buvais de l’alcool pour faire comme tout le monde. Je n’aime pas forcément ça, et c’est tellement contradictoire avec le sport de haut niveau… » (Maxime Machenaud, 29 mai 2026).
Derrière cette confession se cache une tension que beaucoup de rugbymen connaissent sans jamais la nommer. Le vestiaire, les troisièmes mi-temps, les tournées : la vie collective du rugby professionnel crée une pression sociale puissante. Pas celle d’un chef qui ordonne. Celle, plus insidieuse, du groupe qui attend.
Machenaud a cédé à cette pression. Pendant des années. Lui, 38 sélections en équipe de France et un Bouclier de Brennus au palmarès (Racing 92, 2016), buvait non par plaisir mais par conformité. La contradiction avec les exigences du rugby de haut niveau récupération, sommeil, performance n’échappait à personne. Surtout pas à lui.
Aujourd’hui, il ne boit que 3 ou 4 fois par an. Ce chiffre n’est pas une posture. C’est l’aboutissement d’un chemin.
« Je n’ai pas toujours eu l’impression d’être compris, mais avec l’âge, le regard des autres ne me dérange plus. » (Maxime Machenaud, 29 mai 2026.)
Avec l’âge, le regard des autres ne dérange plus mais il respecte la troisième mi-temps
« Attention, je suis pour qu’il y ait des bringues et des troisièmes mi-temps dans le rugby amateur. » (Maxime Machenaud, 29 mai 2026.)
La nuance est importante. Machenaud ne condamne pas. Il ne se pose pas en modèle à suivre ni en donneur de leçons. Son choix est personnel, pas idéologique.
Ce qui a changé, c’est sa capacité à l’assumer sans se justifier. La maturité n’a pas effacé le décalage. Elle lui a appris à le porter différemment, sans friction, sans excuse.
Mais ne pas boire avec le groupe crée un vide social. Machenaud l’a compris et a trouvé sa propre réponse. « Oui, c’est pour ça que j’essaie de compenser avec ma présence au café le matin. » (Maxime Machenaud, 29 mai 2026.) Le lien avec le groupe, il le maintient autrement sincèrement.
Cette philosophie de vie s’étend bien au-delà de l’alcool. Elle reflète une obsession plus large du soin du corps qui a marqué toute sa carrière.
L’obsession du soin du corps : une autre forme de dépendance assumée
Machenaud revient à la compétition fin mai 2026 après une rupture des ligaments croisés du genou droit, survenue le 11 octobre 2025 à Pau. À 37 ans, cette longévité sportive ne doit rien au hasard. Elle est le produit d’une hygiène de vie construite sur des années de rigueur.
Mais lui-même reconnaît que cette rigueur a ses propres excès. « C’est une certaine drogue, oui. Par le passé, j’étais addict. Je le suis moins. » (Maxime Machenaud, 29 mai 2026.)
Le mot est choisi avec précision. Addict. Pas passionné, pas discipliné : addict. Machenaud ne s’exonère pas. Il nomme ses mécanismes avec la même franchise qu’il applique à la question de l’alcool. Il n’a pas remplacé une dépendance par une vertu. Il a appris à identifier ses propres schémas, à les questionner, à les ajuster.
À 37 ans, Machenaud ne prêche pas. Il choisit, assume, et laisse les autres faire pareil selon Sud Ouest.
Et vous : quelle habitude maintenez-vous encore par conformité, sans vraiment savoir pourquoi ?