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Le déplacer au cœur du jeu plutôt que le laisser à l’aile, le pari mesuré de l’UBB avec Bielle-Biarrey suite à la blessure de Jalibert

Par Gilles Marchetti
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L’UBB ne prépare pas une reconversion de Louis Bielle-Biarrey à l’ouverture : elle construit une option de 10 à 15 minutes pour rapprocher son attaquant le plus tranchant du ballon.

La blessure de Matthieu Jalibert donne davantage de poids à cette piste. Touché au quadriceps droit, l’ouvreur international doit manquer plusieurs semaines de compétition. Hugo Reus demeure le spécialiste disponible au poste, tandis que Bielle-Biarrey offre au personnel une solution différente pour terminer une rencontre.

Le projet reste encadré. Il ne prévoit ni de retirer durablement l’ailier de son couloir, ni de lui confier seul la conduite du jeu bordelais. L’objectif consiste à exploiter sa lecture des espaces plus tôt dans les possessions, lorsque le contexte du match le permet.

Quinze minutes contre Pau ont donné corps à l’idée

Le premier test visible a eu lieu le 28 août, lors du match amical remporté 47-27 contre la Section Paloise devant plus de 24 000 spectateurs à Chaban-Delmas. Bielle-Biarrey a glissé à l’ouverture pendant une quinzaine de minutes en seconde période. C’était sa première séquence à ce poste sous le maillot de l’UBB.

Yannick Bru avait alors expliqué que son joueur était un ouvreur de formation et que cette possibilité était travaillée à l’entraînement. L’expérience n’avait donc rien d’une improvisation réservée à une rencontre sans enjeu. Elle préparait une configuration susceptible d’être utilisée lorsque l’effectif ou le scénario d’un match l’exige.

Jérôme Chabran, agent sportif mandaté par l’UBB dans le dossier de la prolongation de Bielle-Biarrey jusqu’en 2029, a précisé que cette polyvalence avait été abordée avec le joueur. Celui-ci aurait accueilli favorablement la possibilité, tout en demandant du temps et un accompagnement adapté.

L’absence de Jalibert accélère la réflexion sans en modifier les limites. ICI a confirmé le 21 septembre 2026 une déchirure du quadriceps droit et une indisponibilité estimée à environ six semaines. Cette situation ouvre une fenêtre pour tester la solution Bielle-Biarrey, mais Hugo Reus reste l’ouvreur de métier présent dans l’effectif.

Un ancien numéro 10 utilisé comme finisseur, pas comme titulaire

Le profil de Bielle-Biarrey rend l’essai crédible. Passé par Seyssins puis Grenoble, il a joué le numéro 10 jusqu’en moins de 16 ans. Guillaume Cognard, qui l’avait repéré en Isère, se souvient d’un jeune joueur déjà en avance dans la lecture du jeu, capable de créer par la passe et de réussir des pénalités à longue distance.

Son déplacement vers l’arrière puis l’aile répondait à une logique claire : utiliser sa vitesse et ses qualités de duel dans des zones où il pouvait finir les actions. Ce choix a accompagné son explosion au plus haut niveau. Il ne disparaîtrait pas si l’UBB le replaçait ponctuellement au centre du terrain.

Noel McNamara, entraîneur de l’attaque bordelaise, a délimité le projet : Bielle-Biarrey n’a pas vocation à disputer une saison entière à l’ouverture ni à y commencer régulièrement les rencontres. Le staff imagine plutôt des séquences finales de 10 à 15 minutes. Son intelligence de jeu, son pied et sa capacité à prendre une initiative seraient alors mobilisés contre une défense déjà sollicitée.

La présence de Maxime Lucu à la mêlée sécuriserait ce dispositif. Le numéro 9 pourrait conserver une partie de la gestion au pied et de l’alternance, laissant à Bielle-Biarrey davantage de liberté pour attaquer les espaces. Jonathan Wisniewski estime lui aussi qu’une installation durable en numéro 10 serait plus complexe, mais qu’une utilisation ponctuelle peut fonctionner si le joueur est bien accompagné.

Le rapprocher du ballon sans perdre ce qui fait sa force

Le raisonnement de l’UBB part d’un paradoxe. Bielle-Biarrey figure parmi les attaquants les plus dangereux de l’équipe, mais son poste à l’aile peut le laisser dépendre de la qualité et de la vitesse des transmissions. En l’amenant près des rucks ou dans le premier rideau offensif, Bordeaux augmenterait le nombre de situations dans lesquelles il peut lire la défense et choisir lui-même l’espace à attaquer.

Ses performances internationales renforcent cette envie de lui donner davantage de ballons. Le site officiel des Six Nations du rugby reprend ainsi sa campagne 2026 : « Louis Bielle-Biarrey écrase tous les records du Six Nations 2026 : 9 essais, 2e trophée du meilleur joueur. » Cette statistique ne prouve pas qu’il doit devenir ouvreur. Elle mesure en revanche le rendement d’un joueur que l’UBB cherche à impliquer davantage.

Le pari repose donc sur une utilisation ciblée. À l’aile, Bielle-Biarrey conserve les espaces qui ont fait de lui un finisseur majeur. À l’ouverture sur une fin de match, il peut toucher le ballon plus tôt, créer une incertitude autour des regroupements et obliger la défense à surveiller toute la largeur.

Bordeaux ne choisit pas entre un ailier et un numéro 10. Le club ajoute une séquence tactique à son plan de jeu, avec un cadre précis, un accompagnement à la charnière et une durée limitée. C’est cette mesure qui rend l’expérience crédible, même si la blessure de Jalibert peut conduire le personnel à l’utiliser plus vite que prévu.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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