Jusqu’à 19 absents : pourquoi la cascade de blessures a pourri la saison de La Rochelle

Ronan O'Gara
Publié le juin 16, 2026

Quand les corps lâchent et que les ambitions d’un double champion d’Europe se fracassent sur les lits d’un hôpital de campagne. Ce dimanche 14 juin 2026, au terme d’un barrage de Top 14 à sens unique face au Stade Français (5-45), le Stade Rochelais a officiellement clos le chapitre d’une saison cauchemardesque.

Minée dès l’automne par une hécatombe médicale inédite s’élevant jusqu’à dix-neuf absents simultanés, l’armada de Ronan O’Gara n’a jamais pu s’appuyer sur ses cadres, de Jonathan Danty à Will Skelton. Une lente agonie physique qui a emporté le staff, disloqué la mêlée charentaise et qui force désormais le club à une reconstruction d’urgence dès cet été.

Le Stade Rochelais a fini par rendre les armes, épuisé, vidé de sa substance par une infirmerie qui n’a jamais désempli de la saison. Sur la pelouse de Jean-Bouin, la lourde défaite concédée face aux Parisiens en phase finale n’a été que le reflet d’une saison de souffrance. Doubles champions d’Europe de rugby en 2022 et 2023, les Maritimes ont vu leurs certitudes et leurs muscles se détruire semaine après semaine. Ce barrage, abordé à bout de souffle après une phase retour héroïque, sonne le glas d’un cycle où la gestion des organismes aura été le grand point noir du projet rochelais.

De 19 absents à l’élimination : la cascade de blessures qui a vidé La Rochelle

La chute a un visage précis : une infirmerie qui ne s’est jamais vidée.

Dès les premières journées de la saison 2025-2026, La Rochelle perd Jonathan Danty sur blessure au genou. Un cadre offensif, un leader, absent pour une longue période. Le signal d’alarme est là, mais personne ne mesure encore ce qu’il annonce.

Will Skelton, le colosse australien, suit un chemin similaire. Son tendon d’Achille fragile le contraint à plusieurs périodes d’indisponibilité successives sur moins de sept mois. Chaque retour est suivi d’une rechute. L’équipe ne peut pas construire sur lui.

En janvier 2026, Simeli Daunivucu passe sur le billard. Un nom de plus sur une liste qui s’allonge semaine après semaine, jusqu’à atteindre un chiffre proprement ahurissant : 19 absents simultanés.

Pour un club de Top 14, même doté d’un effectif large, c’est un effectif entier qui disparaît. Ce n’est plus une vague de blessures : c’est une hémorragie.

La trajectoire du club dit tout. Double champion d’Europe en 2022 et 2023, La Rochelle termine dans la première moitié du classement en 2024-2025, puis barragiste en 2025-2026. La descente aux enfers coïncide exactement avec la montée en puissance des absences.

Le barrage contre le Stade Français, le 14 juin 2026, résume tout. La Rochelle s’incline 45-5, dans une rencontre à sens unique. Et même ce soir-là, le club perd encore trois joueurs sur blessure : Sclavi, Kante Samba, Boudehent. Jusqu’au bout.

Grégory Alldritt, capitaine rochelais, résume l’état d’esprit après le match : « C’est triste à dire, mais sur ce genre de match, c’est presque plus facile de perdre de 40 points que d’un seul. »

La réaction tardive : le départ du préparateur physique et les questions qui restent sans réponse

Face à cette hémorragie, le club réagit en février 2026. La Rochelle se sépare de son préparateur physique, Stephan Du Toit. Le message est clair : quelque chose n’a pas fonctionné dans la gestion des corps.

Mais Ronan O’Gara, le manager rochelais, refuse de faire de Du Toit le bouc émissaire. Sa réaction est tranchante : « Il y a un ou deux hommes faibles dans mon staff qui ont mal parlé et qui ont donné l’histoire à la presse. J’ai l’impression qu’on utilise Steph Du Toit comme la victime de toutes les blessures mais je vous promets que ce n’est pas le cas. »

O’Gara a peut-être raison sur le fond : les blessures musculaires et tendineuses dans un calendrier aussi chargé que celui du Top 14 ne s’expliquent jamais par un seul facteur. Mais la séparation avec Du Toit dit aussi que le club estimait que quelque chose devait changer. Le problème : ce changement arrive en plein milieu d’une saison déjà compromise.

Les résultats à domicile racontent la désintégration selon L’Equipe. La Rochelle, qui avait fait de son enceinte une forteresse, s’incline 17-19 contre Castres, 24-44 contre Lyon, 33-43 contre Montpellier. Des scores qui n’ont rien à voir avec l’identité rochelaise des années de gloire.

Dès octobre 2025, la défaite 26-24 à Jean-Bouin contre le Stade Français avait planté le décor. Alldritt s’en souvient encore après le barrage : « Au-delà des 45 points, j’ai plutôt la rage sur notre défaite à la 80e à Jean-Bouin en octobre. » Ce résultat-là, perdu dans les dernières secondes, a pesé sur toute la saison.

Sur le plan collectif, les blessures ont aussi dégradé les fondamentaux. La Rochelle termine parmi les pires clubs du Top 14 en mêlée, avec 2,38 pénalités concédées par match selon les données de la saison  une statistique impensable pour un club qui a bâti sa domination européenne sur sa puissance physique.

Après la débâcle : comment La Rochelle compte se reconstruire

Le soir du 14 juin 2026, Ronan O’Gara choisit ses mots avec soin. « On a manqué quelque chose, mais ce n’est pas le moment de poser cette question. » Une façon d’enterrer la saison sans l’autopsier en public.

Mais O’Gara sait ce qui doit changer. Sur la mêlée, il est direct : « On a vraiment besoin de travailler notre mêlée. Avec Uini (Atonio), je suis confiant. Mais on ne peut pas y penser seulement en septembre prochain. Ça doit commencer maintenant. »

La séparation avec Stephan Du Toit en février 2026 reste le signal le plus fort d’une remise en question interne : le club a reconnu que la gestion des corps avait failli. La reconstruction passe d’abord par là.

Grégory Alldritt, lui, s’adresse directement aux supporters : « Si ça peut rassurer les supporters, nous joueurs, on n’est pas satisfaits de finir sur un barrage. Et sur les saisons qui viennent, on fera le maximum pour retourner au Stade de France. »

Les mots sont sincères. Mais un tendon d’Achille ne se reconstruit pas en conférence de presse.

La Rochelle a perdu sa saison parce que 19 absents simultanés, c’est un effectif entier qui s’écroule. Le départ du préparateur physique en février était peut-être nécessaire, mais il arrivait trop tard pour changer le cours d’une saison déjà compromise dès octobre.

La question qui reste sans réponse : comment un club capable de remporter deux Coupes d’Europe consécutives a-t-il pu se retrouver aussi fragile physiquement, et aussi vite ?

Les dernières actualités Rugby

Les Tendances MVZ Sports