Rugby

« T’es sur le terrain, on sait que tu le mérites » : Lucu veut voir les jeunes de l’UBB mordre vraiment pour assurer le top 6 cette année

Par Gilles Marchetti
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Maxime Lucu ne parle pas seulement de relancer l’UBB : il veut que les jeunes bordelais prennent vraiment leur part, parce que le top 6 ne se jouera pas avec vingt-trois joueurs seulement.

La phrase est courte, presque brutale dans son message : « T’es sur le terrain, on sait que tu le mérites. » Dans la bouche de Maxime Lucu, elle résume un chantier majeur pour Bordeaux-Bègles avant cette saison de Top 14.

L’UBB a connu le grand écart. En Europe, le club a confirmé son statut avec un deuxième titre consécutif en Champions Cup de rugby. En championnat, la frustration est conservée lourde, avec cette incapacité à s’installer durablement dans le haut du classement au moment où les points comptaient le plus.

Lucu cible donc un point précis : la profondeur réelle de l’effectif. Pas celle que l’on affiche sur une feuille de présentation. Celle qui permet de tenir quand les leaders manquent, quand l’hiver tire, quand le Top 14 demande de recommencer chaque week-end.

Lucu veut casser le réflexe des jeunes « sur la pointe des pieds »

Le capitaine de l’UBB n’a pas masqué le problème. Selon lui, Bordeaux a trop souvent demandé aux mêmes joueurs de tirer sur la corde la saison passée. À certains postes, les absences ont pesé, et tout le monde n’a pas réussi à élever son niveau au bon moment.

C’est là que sa phrase prend tout son sens. Quand un jeune est aligné, Lucu veut qu’il arrête de jouer comme s’il devait s’excuser d’être là. Le message est clair : si le staff le met sur le terrain, c’est qu’il a gagné sa place.

Le demi de mêlée cite des exemples qui parlent à Bordeaux. Louis Bielle-Biarrey, Nicolas Depoorter, Marko Gazzotti ou Pierre Bochaton ont, selon lui, « mordu dans la pomme directe ». L’expression est importante : elle dit l’attitude attendue autant que le niveau technique.

Pour l’UBB, ce n’est pas un détail de formation. C’est une condition de survie dans la course au top 6. Lucu la formule sans détour : pour gagner des titres, il faut quarante joueurs performants, pas des remplaçants qui attendent derrière les vingt-trois habituels.

Le top 6 a échappé à l’UBB sur la constance, pas sur le talent

Le diagnostic de Lucu n’est pas celui d’une équipe sans qualité. Il parle plutôt d’une équipe qui n’a pas réussi à répéter ses performances. Une victoire, une défaite, puis encore une victoire et une défaite : cette alternance a cassé l’élan bordelais.

Le capitaine rappelle que les saisons précédentes, l’UBB a su construire des séries de trois ou quatre victoires. La saison passée, cette mécanique s’est grippée. Des points ont été lâchés dès le premier mois, puis dans le creux de l’hiver. Le retard en championnat s’est installé pendant que le club poursuivait son parcours européen.

Lucu assume aussi la part mentale. Avec « 5 ou 10 % d’investissement en moins » sur un match de Top 14, Bordeaux peut perdre des points décisifs. Dans un championnat aussi dense, cette marge suffit à faire basculer une équipe de la zone de qualification vers une place plus fragile, autour de la sixième, septième ou huitième position.

L’enjeu des jeunes rejoint donc celui des cadres. Quand Maxime Lucu ou Matthieu Jalibert ne sont pas là, l’UBB doit garder une ligne de performance. Le capitaine reconnaît leur complémentarité, bâtie sur huit années communes et près de deux cents matchs ensemble pour Bordeaux. Mais il refuse que l’équipe devienne dépendante de deux hommes.

Le titre européen ne suffit plus à masquer l’urgence en Top 14

Le contraste bordelais est fort. Le site officiel du Top 14 a confirmé le deuxième sacre consécutif de l’UBB en Champions Cup, victoire à Bilbao face au Leinster. Dans cette finale, Lucu avait notamment montré la voie en inscrivant un essai dès le début de rencontre.

Ce palmarès donne du poids au groupe. Il confirme que Bordeaux sait gérer de très grands rendez-vous, et comprend sous pression. Lucu cite les matchs face à Toulouse et Bath comme des moments où l’expérience européenne a permis de rester serein malgré des passages difficiles.

Mais le Top 14 demande autre chose : de la dureté répétée, moins visible qu’une finale européenne, mais indispensable pour rester dans les six. L’UBB ne peut pas vivre uniquement sur son talent ni sur son statut continental. Elle doit transformer sa profondeur d’effectif en points de championnat.

Lucu s’inscrit aussi dans la durée. D’après ICI, la demi de mêlée a prolongée avec Bordeaux-Bègles jusqu’en 2029. Ce n’est donc pas le discours d’un capitaine de passage. C’est celui d’un joueur installé, arrivé au club en 2019, qui a vu l’UBB grandir et qui sait ce qu’il manque encore pour tenir sur les deux tableaux.

Le message envoyé aux jeunes est finalement le même que celui prévu au groupe entier : il ne suffit plus d’être prometteur, talentueux ou champion d’Europe. Pour retrouver le top 6, Bordeaux devra mordre plus tôt, plus souvent, et avec plus de joueurs capables d’assumer leur place.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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