Trois Français engagés, trois éliminations aux pénalités : la journée noire de Bakou pour le judo français qui rate le virage arbitral
Retrouvez MVZ Sports sur GoogleAjoutez notre source pour suivre nos actualités sport plus facilement
Trois Français sur le tatami, trois éliminations aux pénalités. À Bakou, le judo tricolore a payé cash le tour de vis arbitral décidé par la Fédération internationale sur les fausses attaques.
La journée d’ouverture des Championnats du monde de judo, dimanche 4 octobre à Bakou, a tourné au cauchemar pour l’équipe de France. Luka Mkheidze et Romain Valadier-Picard, les deux fers de lance des -60 kg, ont quitté la compétition sans médaille. Shirine Boukli, elle, a sauvé l’honneur avec le bronze en -48 kg, mais elle est aussi passée par la case pénalités.
Le dénominateur commun de ces trois sorties : les shidos, ces sanctions distribuées pour fausse attaque ou manque de préparation. Un renforcement de l’arbitrage que Stéphane Nomis, le président de la Fédération française de judo, avait pourtant vu venir.
Trois sorties, trois fois la sanction
Champion d’Europe des -60 kg, Luka Mkheidze a été éjecté d’entrée. Trois shidos, et la phrase est tombée : hansoku-make, la disqualification. Le double médaillé olympique (3e en 2021, 2e en 2024) ne décolère pas.
« Je suis très déçu et très dégoûté. Quand j’ai mérité de perdre, je baisse la tête, je salue et je ne conteste pas les décisions. Mais là, je ne suis pas d’accord », at-il lâché, convaincu d’avoir cherché à attaquer jusqu’au bout.
Romain Valadier-Picard a fait à peine mieux. Vice-champion du monde 2025 à Budapest, comme le recense JudoInside, il a remporté ses deux premiers combats aux pénalités avant de tomber en quarts de finale, encore aux pénalités. Face à Sardalashvili, il cède sur ippon après une attaque manquée.
« Aucun des deux n’est plus fort que moi », estime le Français. « Contre Sardalashvili, je perds comme un idiot, en faisant une attaque pourrie. »
Même scénario pour Shirine Boukli. Sortie en quarts des -48 kg aux pénalités face à la Russe Marina Vorobeva, qui l’avait déjà battue au Grand Chelem de Lausanne fin août, la Française a réagi en allant chercher le bronze contre la Mongole Baasankhuu Bavuudorj, sacrée championne du monde 2024 et vice-championne olympique. La petite finale s’est elle aussi jouée aux pénalités, en prolongation.
Un tour de vis que la France avait vu venir
Ce renforcement n’a rien d’un accident. Membre du bureau exécutif de la Fédération internationale (IJF), Stéphane Nomis a assisté au congrès de l’instance, l’avant-veille des Mondiaux, où ce virage a été annoncé. Il assure avoir prévenu ses troupes.
« Je leur avais dit que l’arbitrage préférerait plus gaffe aux fausses attaques. Car l’objectif, c’est plus de beau judo, plus d’attaques franches », a expliqué le patron du judo français.
Les entraîneurs, eux, ont senti le vent tourner dès les premiers combats. « On était sensibilisés dans l’autre sens : les arbitres étaient assez permissifs, laissaient beaucoup de choses se faire. Aujourd’hui, je les ai trouvés carrément pas indulgents du tout », confie Kilian Le Blouch, l’entraîneur de Shirine Boukli.
Le timing, deux ans avant les Jeux, ne fait pas reculer Nomis : « Ils préfèrent le faire deux ans avant les Jeux que deux mois avant. » Reste que les Bleus n’ont pas su s’adapter dans l’immédiat. Franck Chambily, l’entraîneur de Valadier-Picard, résume : « On savait que les pénalités allaient plus tomber. »
Une seule médaille, et la colère froide de Nomis
Au final, seule Shirine Boukli a ramené une médaille, la deuxième de sa carrière aux Mondiaux. La Française boucle une saison riche, après ses victoires au Grand Slam de Paris en février et aux Championnats d’Europe en avril. De quoi limiter la casse, mais pas calmer le président fédéral.
« Je suis frustré que Shirine perde un combat bête comme ça. Nos athlètes ne sont pas tombés mais se font éliminer parce qu’ils ont fait des moins bonnes attaques », a pesté Nomis. Avant de rappeler l’exigence tricolore : « La France est la deuxième nation du judo mondial, on n’a pas le droit. »
L’objectif affiché avant la compétition, quatre titres mondiaux, paraît déjà plus lointain. La suite s’annonce tendue : lundi, aucune Française n’est engagée en -52 kg, et en -66 kg, le jeune Kelvin Ray (20 ans) remplace au pied levé Walide Khyar, touché à l’épaule. Daikii Bouba, champion d’Europe 2025, devra retrouver sa dynamique.
La leçon de Bakou est limpide : sur la scène internationale, le judo français ne pourra plus compter sur la clémence des arbitres. Les attaques devront être franches, préparées, décisives. Sinon, la journée noire de l’ouverture pourrait bien se répéter.