Ben Tameifuna : ce problème méconnu qui a brisé son rêve chez les All Blacks

Ben Tameifuna

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Publié le mai 22, 2026

En 2011, Ben Tameifuna soulève la Coupe du monde des moins de 20 ans avec les Baby Blacks, aux côtés de Beauden Barrett, Sam Cane, Brodie Retallick et Codie Taylor

. Un talent exceptionnel reconnu par ses pairs, un avenir en noir tout tracé. À la place, un problème de santé invisible l’a maintenu à l’écart pendant des années.

Le problème méconnu qui a brisé son rêve chez les All Blacks

Ben Tameifuna ne dormait pas comme tout le monde. Il dormait mal, profondément mal, et personne dans le staff All Blacks ne semblait vouloir comprendre pourquoi.

Le pilier droit néo-zélandais souffre d’apnées du sommeil sévères. Sans son masque CPAP cet appareil qui régule l’air dans les voies respiratoires il lui est impossible d’atteindre un sommeil profond réparateur. Tom Coventry, son ancien entraîneur, est formel : « Ben Tameifuna souffre de sévères apnées du sommeil. Il lui faut dormir avec un masque relié à un appareil qui régule l’air dans ses voies respiratoires. Sans cet appareillage, il ne parvient à atteindre un sommeil profond que très tardivement. »

Brad Weber, ancien coéquipier, a partagé le quotidien de Tameifuna de près : « Ben ronfle très fort. Sans son masque, il pouvait faire des apnées d’une minute trente. C’est grave et extrêmement inconfortable. » Une minute trente sans respirer. Répété des dizaines de fois par nuit.

Les conséquences sont concrètes et immédiates. Fatigue chronique, réveil impossible, rendez-vous manqués. Tameifuna a raté des convocations importantes après ne pas s’être réveillé à temps. Pas par négligence. Par maladie.

Ses pairs, eux, voyaient autre chose. Lima Sopoaga le décrit sans ambiguïté : « C’est un phénomène. Il a les mains soyeuses d’un ouvreur, les appuis d’un trois-quarts, la dureté d’un flanker. » Beauden Barrett va plus loin encore : « D’abord, il a un cœur en or, sa lumière éclaire un vestiaire. Et puis, quel joueur ! Pas seulement puissant en mêlée ou pour porter le ballon, il est incroyablement talentueux balle en main et avec le pied. »

Un talent unanimement reconnu, un corps qui trahissait chaque nuit et un staff qui allait tirer les mauvaises conclusions.

Quand les All Blacks ont pris la paresse pour une maladie

Le diagnostic du staff All Blacks était simple selon L’Equipe . Trop simple. Tameifuna était gros, lent à se lever, absent à certains rendez-vous. Conclusion : il manquait de rigueur. On l’a mis sur un vélo pour perdre du poids.

Personne n’a cherché à comprendre pourquoi un homme qui dormait dix heures se réveillait épuisé. On a traité le symptôme visible le poids en ignorant la cause réelle.

Lima Sopoaga résume l’ambiance qui régnait autour du joueur : « Certains le disaient électron libre, franc-tireur. Lui avançait à son propre rythme. » Ce rythme n’était pas de l’arrogance. C’était une adaptation silencieuse à une maladie que personne ne prenait au sérieux.

L’amertume de Coventry dit tout. Ce n’est pas un problème de talent. Ce n’est pas un problème de volonté. C’est un problème de regard. Les All Blacks ont regardé Tameifuna et ont vu un joueur qui ne voulait pas assez. Ils auraient dû voir un joueur qui combattait chaque nuit pour être capable de se lever le matin.

Le rêve All Blacks s’est fracassé là. Sur cette incompréhension fondamentale. Pendant ce temps, deux équipes comprenaient ce que la Nouvelle-Zélande refusait de voir.

Comment Bordeaux a sauvé ce que les All Blacks ont détruit

Les Chiefs d’abord. Bordeaux ensuite. Brad Weber est précis : « Les deux équipes où il s’est le plus épanoui, ce sont les Chiefs et maintenant Bordeaux. Ils ont compris ses particularités. »

Comprendre ses particularités. La formule paraît anodine. Elle signifie adapter l’environnement à l’homme, et non forcer l’homme à rentrer dans un moule. À Bordeaux, Tameifuna a trouvé ce que les All Blacks n’ont jamais su lui offrir : un cadre qui intègre sa réalité médicale plutôt que de la nier.

Le résultat est là, chiffré par le temps et les performances. À 33 ans, Ben Tameifuna dispute la finale de la Champions Cup avec l’Union Bordeaux-Bègles. La compétition européenne la plus prestigieuse du rugby de clubs. À un âge où beaucoup de piliers raccrochent, lui joue les plus grandes affiches du continent.

Cette longévité est le produit direct d’un staff qui a compris que gérer Tameifuna ne signifiait pas le dresser, mais l’accompagner. Plus d’une décennie à Bordeaux. Une fidélité rare dans le rugby professionnel moderne. Une preuve que quand on lui donne les bonnes conditions, ce joueur donne tout.

Ben Tameifuna n’a pas échoué à cause de ses apnées du sommeil : il a échoué parce qu’on a refusé de les comprendre. Les organisations les plus prestigieuses peuvent être les plus aveugles face aux difficultés invisibles.

Les All Blacks ont vu un paresseux. Bordeaux a vu un joueur. La différence entre ces deux regards, c’est une carrière internationale qui n’a jamais eu lieu.

Combien de joueurs jugés paresseux ou indisciplinés combattaient en réalité une maladie invisible ?

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