Le plus grand combat judiciaire du rugby n’est pas terminé, mais il vient de perdre son pilote
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Le dossier des commotions dans le rugby ne s’arrête pas avec le retrait de Richard Boardman, mais il perd l’avocat qui tenait jusque-là la barre d’une action suivie par plus d’un millier d’anciens joueurs.
La procédure engagée contre plusieurs grandes instances du rugby traverse une phase critique. Richard Boardman, l’avocat associé depuis plusieurs années à cette action collective, a annoncé son intention de quitter le dossier.
Le fond de l’affaire, lui, reste lourd : d’anciens joueurs de rugby à XV et de rugby à XIII estiment que les instances n’ont pas suffisamment protégé leur santé face aux commotions cérébrales répétées. Le retrait de l’avocat ne signifie donc pas que le combat judiciaire disparaisse. Il signifie surtout que son organisation doit être reprise très vite.
Un retrait qui tombe au pire moment pour les anciens joueurs
Richard Boardman et son cabinet Rylands Garth étaient rassemblés depuis 2020 plus d’un millier d’anciens joueurs. La procédure vise notamment World Rugby, la Fédération anglaise, la Fédération galloise et la Rugby Football League.
Parmi les noms cités figurent deux champions du monde anglais, Steve Thompson et Phil Vickery. Leur présence a donné une portée symbolique très forte au dossier, car elle rappelle que le sujet ne concerne pas seulement des joueurs anonymes ou des carrières moins exposées.
Dans un courrier prévu aux joueurs, Richard Boardman a annoncé sa volonté de se retirer de l’action. La formule rapportée est nette : « J’écris pour vous informer, ainsi que les plaignants, que mon intention est de me retirer de cette action publique. J’ai commencé à entreprendre les démarches pour cela. »
Le timing rend ce départ encore plus raisonnable. Plusieurs publics étaient prévus la même semaine. Pour les plaignants qui attendent depuis des années, changer de pilote à ce stade n’est pas un simple détail administratif.
Le vrai risque : perdre du temps, des dossiers et de la clarté
Le cabinet Leigh Day étudie désormais la possibilité de reprendre le dossier. C’est une piste importante, mais elle ne gomme pas l’incertitude immédiate. Une action de cette taille repose sur des documents médicaux, des délais judiciaires et une coordination serrée entre des centaines de plaignants.
Les défenseurs affirment que Rylands Garth n’aurait pas transmis les dossiers médicaux de plusieurs plaignantes malgré les échéances à venir. Les représentants de World Rugby, de la Fédération anglaise, de la Fédération galloise et de la Rugby Football League demandent donc le retrait de plusieurs plaintes.
Côté joueurs, la demande est différente : obtenir un délai supplémentaire pour organiser la transition vers une nouvelle représentation juridique. C’est ici que le dossier devient concret pour chaque ancien joueur impliqué.
Exemple simple : un ancien rugbyman engagé dans l’action peut désormais devoir vérifier où en est son dossier médical, confirmer qui le représente juridiquement et attendre de savoir si le nouveau cabinet reprend bien son cas. Pour lui, le procès ne s’arrête pas, mais la route devient moins lisible.
Le Telegraph rapporte également que plusieurs plaignants ignoraient que leur avocat s’apprêtait à quitter le dossier avant que l’annonce ne soit faite devant le tribunal. Si ce point est confirmé, il renforce l’idée d’un dossier fragilisé autant par son contenu que par sa gestion.
Un dossier déjà abîmé par les critiques et les contestations
Le départ de Richard Boardman n’arrive pas dans un climat neutre. La justice britannique avait déjà formulé des critiques sur sa conduite du dossier. Le juge Senior Master Cook lui aurait reproché de ne « pas du tout saisir l’ampleur de ses responsabilités », en pointant aussi des difficultés répétées à fournir les documents nécessaires.
L’affaire avait également été secouée par le témoignage de Will Green. L’ancien international anglais affirme avoir été sollicité à de nombreuses reprises pour rejoindre l’action malgré un scanner cérébral indépendant ne révélant aucune anomalie.
La citation qui lui est attribuée est particulièrement lourde : « Ils m’ont envoyé de multiples e-mails pour m’inciter à m’engager. Mais j’aurais été à l’origine d’une escroquerie au jugement puisque le diagnostic des experts aurait été un faux. Malgré ça, ils ont quand même tout fait pour que je rallie leur cause. »
Ces éléments ne tranchent pas le fond du dossier. Ils ne disent pas si les instances visées ont échoué ou non dans la protection des joueurs. Ils montrent en revanche que la procédure se joue désormais sur deux terrains : la question médicale des commotions et la solidité juridique de l’action collective.
Le combat n’est donc pas terminé. Mais sans reprise rapide et structurée par un nouveau cabinet, il risque de perdre ce dont un dossier aussi massif à le plus besoin : du temps, de la méthode et une représentation capable de tenir la pression.