Ntamack avec Jalibert, le pari que Galthié avait préparé avant même la tournée des Bleus
Retrouvez MVZ Sports sur GoogleAjoutez notre source pour suivre nos actualités sport plus facilement
Depuis des années, le débat autour du poste de numéro 10 du XV de France oppose souvent les deux mêmes noms. Romain Ntamack d’un côté. Matthieu Jalibert de l’Autre. Deux profils, deux clubs, deux conférences du jeu, et une concurrence parfois racontée comme si elle devait nécessairement exclure l’un des deux.
La tournée de juillet a changé le cadre. Galthié ne les a pas simplement mis face à face dans la hiérarchie. Il les a mis sur le même terrain, avec Ntamack à l’ouverture et Jalibert repositionné à l’arrière. Une configuration rare, mais pas sortie de nulle part.
Galthié n’a pas seulement tenté un coup d’État avec Ntamack et Jalibert
Le point le plus intéressant, ce n’est pas seulement le repositionnement de Jalibert en 15. C’est la façon dont Fabien Galthié a expliqué la séquence. Le sélectionneur a assumé une logique préparée en amont : il avait promis un premier test-match à Matthieu Jalibert, puis un deuxième à Romain Ntamack.
Sa phrase donne une autre lecture de l’affaire : « J’avais promis à Matthieu le premier test-match, et j’avais promis à Romain le deuxième. J’avais fait des promesses, et les promesses, sur les tenants ». Ce n’est pas le discours d’un staff qui découvre une option au dernier moment. C’est celui d’un encadrement qui avait organisé son partage du temps de jeu.
Dans cette logique, l’association des deux joueurs prend du relief. Jalibert n’a pas été déplacé à l’arrière uniquement pour dépanner. Il a été utilisé dans une idée de double meneur, proche de ce que le XV de France a déjà pu rechercher avec Thomas Ramos et un ouvreur de métier.
Galthié l’a clairement résumé : les Bleus peuvent jouer « avec deux 10 autant que deux 15 ». La formule dit beaucoup. Elle ne parle pas seulement d’un numéro dans le dos. Elle parle de lecture, de jeu au pied, de relance, de couverture et de capacité à reprendre la main sur un match depuis plusieurs zones du terrain.
Pourquoi le remplacement de Jalibert en 15 change le débat
Jalibert et Ntamack avaient déjà pu être associés autrement par le passé, notamment avec une logique 10-12. Mais le choix du 10-15 raconte autre chose. Il ne s’agit plus seulement de faire cohabiter deux ouvreurs. Il s’agit de donner au XV de France de rugby deux joueurs capables d’organiser le jeu, sans enfermer l’un d’eux dans un rôle de centre.
Sur le papier, le pari est risqué. Un arrière doit sécuriser les ballons hauts, gérer la profondeur, couvrir les coups de pied adverses et choisir ses relances. Ce n’est pas un poste où l’on peut simplement poser un ouvreur parce qu’il a du talent dans les mains.
Mais c’est aussi là que le choix devient intéressant pour Galthié. Jalibert apporte une menace de relance, une qualité de passe et une lecture offensive qui peuvent peser quand le XV de France récupère un ballon exploitable. Avec Ntamack en 10, les Bleus peuvent alors multiplier les points de décision au lieu de tout faire à partir d’un seul chef d’orchestre.
Cas concret : dans une fin de match serrée, face à une défense qui monte vite, cette configuration peut offrir deux sorties. Ntamack peut occuper au pied ou fixer la ligne depuis l’ouverture. Jalibert, depuis l’arrière, peut attaquer un ballon de relance, trouver une diagonale ou servir de deuxième organisateur après un premier temps de jeu. C’est exactement le genre de détail qui peut transformer une possession moyenne en vraie occasion.
Le corpus autour de cette tournée va dans le même sens : plusieurs reprises ont insisté sur la polyvalence 10-15 de Jalibert et sur l’effet produit par la paire face à l’Australie puis au Japon. Prudence, cependant : une bonne tournée ne suffit pas à figurer une hiérarchie internationale.
Le retour de Thomas Ramos peut-il fermer ou enrichir cette option ?
Le vrai sujet arrive maintenant. Thomas Ramos reste une référence majeure dans l’équilibre du XV de France. Son retour change forcément la place disponible pour une formule Ntamack-Jalibert. Mais il ne la condamne pas forcément.
Si Galthié voit cette association comme une simple solution de tournée, elle restera un essai utile. Si le staff y voit une option stratégique, elle peut devenir une arme de banc, un plan de match ou une réponse à certains profils adverses. C’est toute la nuance.
Romain Ntamack a d’ailleurs confirmé que le sujet avait été préparé avec lui. Il a expliqué que Galthié lui avait fait comprendre que s’il était en finale de Top 14, il jouerait le deuxième test. Là encore, cela donne l’image d’une gestion pensée, pas d’une improvisation.
Cette promesse n’efface pas la concurrence. Elle la déplace. Au lieu d’opposer exclusivement Ntamack et Jalibert, le personnel a testé une manière de les rendre complémentaires. Ce n’est pas rien dans une équipe où chaque place compte, surtout quand Ramos revient dans la discussion.
La suite dépendra de deux choses : la solidité défensive de Jalibert à l’arrière et la capacité du duo à garder la clarté dans l’animation. Deux ouvreurs sur le terrain, c’est une richesse si les rôles sont nets. C’est un problème si chacun empiète sur la zone de l’autre.
Pour Galthié, le pari est donc moins spectaculaire qu’il n’en a l’air. Il correspond à une idée déjà présente dans son rugby : multiplier les joueurs capables de décider, sans perdre la structure collective. Ntamack avec Jalibert, ce n’est peut-être pas le nouveau plan A des Bleus. Mais ce n’est clairement plus une simple curiosité de tournée.