Rugby

“On a mis le doigt dessus” : Toulouse secoué par un mal profond, Ugo Mola adapte ses entraînements

Par Gilles Marchetti
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Deux fois cette saison, Toulouse a mené 21-0. Deux fois, Toulouse a perdu. Ce n’est plus une coïncidence, c’est un symptôme.

La dernière en date, face à Clermont le 30 avril, est venue s’ajouter à l’élimination en quart de finale de la Champions Cup contre Bordeaux-Bègles. Deux résultats qui font mal, mais surtout qui révèlent quelque chose de plus profond que la simple contre-performance.

Le mal profond de Toulouse : une faille mentale, pas physique

Jean Bouilhou, entraîneur des avants, a été direct dans son analyse. « Cette défaite infligée par l’UBB, qui a fait un très bon match, nous a placés face à nos failles du moment. Ces défaites-là sont toujours des moments de vérité, où on voit notre rugby en réel. »

Le staff a cherché l’origine du problème du côté physique. La réponse ne s’y trouve pas. « Il y a peut-être une partie physique, mais les remplaçants, quand ils entrent, sont frais, donc le problème ne semble pas spécialement venir de là. Est-ce d’ordre mental ? », interroge Bouilhou.

La question est rhétorique. Ce qui frappe davantage, c’est l’aveu que cette tendance n’est pas nouvelle. Bouilhou le reconnaît sans détour : « ces deuxièmes mi-temps qui nous font défaut depuis pas mal de temps. » Multiple champion d’Europe, Toulouse souffre d’un mal qui dure. C’est précisément ce qui rend le diagnostic si sérieux.

« On a mis le doigt dessus » : le diagnostic du staff et l’aveu des joueurs

« On a mis le doigt dessus, on va essayer de le travailler. Remettre de l’émulation est toujours une des clés. » Ces mots de Jean Bouilhou sonnent comme une promesse autant que comme un constat. Le staff n’est plus dans le flou. Il a isolé le problème.

Ce qui valide ce diagnostic, c’est qu’il remonte des joueurs eux-mêmes. Thomas Ramos, capitaine et arrière international, n’a pas cherché à minimiser. « Il faut arrêter de penser que les matchs sont terminés. C’est à nous quand même d’avoir un niveau d’éveil durant 80 minutes. »

Dans le rugby professionnel, un capitaine qui pointe publiquement un relâchement mental collectif ne fait pas de la communication : il confirme le diagnostic du staff.

Bouilhou va plus loin : « Il fallait peut-être qu’on remette des choses à plat aussi entre nous. » La défaite contre Bordeaux-Bègles n’a pas été qu’un revers sportif elle a exposé un groupe peut-être trop habitué à sa propre domination.

La réponse de Mola : revenir aux bases par le durcissement

Face à un problème mental, Ugo Mola a choisi une réponse physique cohérente avec ce qu’il a toujours construit à Toulouse.

Le manager a durci les séances d’entraînement de manière significative. « On a fait une semaine très costaude physiquement, et on sait que ça peut encore amener des écueils dans les semaines qui viennent », reconnaît-il. Il ne vend pas une solution miracle. Il assume le risque de la méthode.

L’idée est simple : remettre les joueurs dans l’inconfort pour réveiller leur niveau d’exigence. Forcer le groupe à se confronter à la difficulté à l’entraînement pour ne plus la subir en match.

« On va faire comme on l’a toujours fait ici : revenir aux bases, régler ce qu’on a à régler entre nous et se remettre au travail. » Cette phrase de Mola résume l’ADN du club. Pas de discours révolutionnaire. Le Stade Toulousain répond aux crises comme il a toujours gagné ses titres : par le travail et l’exigence collective.

Toulouse a déjà surmonté des crises plus profondes. Mais cette fois, le mal dure depuis « pas mal de temps » selon le staff lui-même et les semaines à venir diront si le durcissement à l’entraînement suffit à refermer la plaie avant les phases finales.« `

Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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