La France a perdu 34-32 contre la Nouvelle-Zélande à Christchurch le 4 juillet 2026, mais ces deux points d’écart racontent une toute autre histoire : celle d’une équipe française enfin au niveau réel des All Blacks.
Maxime Lucu et ses coéquipiers ont frôlé l’impensable dimanche en Nouvelle-Zélande : non pas un accident de parcours, mais la démonstration que le XV de France a atteint un niveau de compétitivité comparable aux All Blacks. Pour le fan de rugby français, la question est posée : la France at-elle arrêté de jouer les challengers pour devenir une vraie menace mondiale ? Deux points et quelques détails tactiques ont empêché l’exploit mais pas la démonstration.
« Ils ont eu très chaud aux fesses » : quand les All Blacks accordent le niveau du XV de France
Fabien Galthié n’a pas cherché à embellir la défaite. Il a dit la vérité, celle qui fait mal aux All Blacks : « Ils ont failli perdre aujourd’hui, ils ont eu chaud aux fesses. Ils ont eu très chaud aux fesses. »
Ce n’est pas un sélectionneur qui console ses joueurs. C’est un constat factuel, prononcé par un homme qui a construit cette équipe depuis 2020, qui a mené la France en quart de finale de Coupe du monde 2023 , et qui sait exactement ce que valent les Néo-Zélandais sur leur propre sol.
Maxime Lucu, capitaine pour la première fois de sa carrière internationale , a appuyé sur le clou : « On les a sentis douter. On les a regardés droit dans les yeux. Ils n’étaient pas si bien que ça. » Ce n’est pas de la bravade d’après-match : c’est la lecture d’une demi de mêlée qui a passé quatre-vingts minutes à décrypter les réactions adverses.
Jean-Baptiste Lafond, ancien international et consultant, a résumé ce que beaucoup ont vu sur le terrain : « J’ai vu une équipe de France qui a failli battre les Blacks, en jouant comme les Blacks. J’ai trouvé qu’il y avait une orgie de jeu. » Jouer comme les All Blacks, chez les All Blacks, à deux points près : voilà le résumé de cette soirée.
La preuve la plus concrète de ce niveau atteint ne se lit pas dans les déclarations. Elle se lit dans le tableau des points. Malgré la défaite, la France a décroché un double bonus offensif et défensif ce qui signifie qu’elle a inscrit au moins quatre essais et perdu par moins de sept points. Ce n’est pas un coup de chance. C’est une performance structurelle, le signe d’une équipe qui a joué son rugby jusqu’au bout, sans jamais se répondre.
Sous Galthié, la montée en puissance est documentée : quart de finale mondial en 2023, régularité au plus haut niveau depuis cinq ans. La thèse d’un XV de France désormais comparable aux All Blacks n’est pas une projection enthousiaste, c’est l’aboutissement logique d’un cycle.
Penaud en 1’24, Jalibert à la 78e : le scénario d’une équipe qui a cru à l’exploit
Dès la première minute, le ton est donné. Damian Penaud, meilleur marqueur de l’histoire du XV de France (41 essais), aplatit après 1 minute et 24 secondes. Les All Blacks sont pris à froid sur leur propre pelouse de Christchurch.
Le match bascule dans tous les sens, comme souvent face aux Néo-Zélandais. Mais la France ne lâche pas. À la 48e minute, Antoine Hastoy conclut une combinaison trois-quarts construite par Jalibert, Brau-Boirie et Attissogbe. Note : 19-20. La France mène en Nouvelle-Zélande, à la mi-temps passé.
Les All Blacks répondent. Roigard a inscrit un essai à la 51e minute et porte le score à 26-20. La France ne s’effondre pas.
À la 58e minute, Théo Attissogbe aplatit. Note : 26-25. Un point d’écart. Le fils retenu de Christchurch souffle.
Et puis, à la 78e minute, Matthieu Jalibert a inscrit l’essai du double bonus . Une équipe qui se bat jusqu’à la dernière seconde, qui refuse la démission, qui va chercher un point de bonus défensif dans les ultimes instants d’un match perdu. C’est la marque d’une équipe qui a changé de statut.
Galthié l’a dit simplement après le coup de sifflet final : « La qualité du rugby qui a été proposée aujourd’hui est élevée. Pour moi, c’est un grand match de rugby auquel on a participé. »
Deux points, deux regrets : pourquoi l’exploit n’a pas eu lieu
Deux points. C’est la marge. Et ces derrière deux points, deux moments précis qui ont changé le résultat sans remettre en cause la performance.
À la 58e minute, après l’essai d’Attissogbe, Lucu se retrouve face aux poteaux depuis le coin. Angle fermé, pression maximale, premier capitanat. Il manque la transformation. Note : 26-25 au lieu de 28-25.
Quatre minutes plus tôt, à la 54e minute, un en-avant de Spring sur un duel aérien, détecté à la vidéo, privé Brau-Boirie d’un essai décisif. Ces micro-détails pas des défaillances structurelles ont fait la différence.
L’analyse d’après-match identifie quatre axes d’amélioration : l’efficacité, la conquête, la défense et la discipline. Pas des failles béantes. Des détails de haut niveau, ceux qui séparent les équipes du top mondial entre elles.
Le contexte historique donne la mesure de ce qui s’est joué. La dernière victoire française en Nouvelle-Zélande remonte à 2009. Dix-sept ans de disette sur sol néo-zélandais. Ce soir-là, la France n’a pas mis fin à cette série mais elle a montré qu’elle en était capable.
Le XV de France n’a pas gagné dimanche, mais il a prouvé quelque chose de plus durable : il joue désormais dans la même cour que les All Blacks, non plus comme challenger mais comme égal. Avec l’Australie le 11 juillet et le Japon le 18 juillet au programme du Championnat des Nations, cette performance devient un tremplin à condition que Galthié et ses joueurs transforment cette confiance retrouvée en résultats concrets.
Deux points d’écart : suffisant pour parler d’égalité avec les All Blacks, ou trop peu pour conclure quoi que ce soit ?