C’est le transfert émotionnel de l’année, celui qui boucle une boucle ouverte il y a quinze ans. Ce jeudi 11 juin 2026, Gaël Fickou a officiellement acté son départ du Racing 92 pour s’engager avec le Rugby Club Toulonnais.
À 32 ans, le centre international français aux plus de 90 sélections quitte les Hauts-de-Seine avant le terme de son contrat pour retrouver sa terre natale. Entre le désir de raviver une flamme vacillante, la connexion indéfectible avec Pierre Mignoni et l’ambition intacte de disputer le Mondial 2027, celui qui est né à La Seyne-sur-Mer s’apprête enfin à porter la tunique rouge et noire de son club de cœur.
Il y a des trajectoires qui semblent dictées par une forme de destin géographique. Formé au RCT avant de s’envoler pour Toulouse à seulement 17 ans, Gaël Fickou aura parcouru les plus grands bastions du rugby français sans jamais avoir foulé la pelouse de Mayol sous les couleurs locales. Alors qu’il semblait destiné à finir sa carrière au Racing 92, le capitaine de la défense des Bleus a choisi de bousculer son destin. En rejoignant la Rade dès cet été, il s’offre un défi immense : porter les ambitions d’un club en quête de rachat et prouver que son exil parisien n’était qu’une étape avant le grand retour au pays.
« Je vais enfin porter ce maillot » : l’enfant de La Seyne qui revient à ses racines
Gaël Fickou est né à La Seyne-sur-Mer. Il a grandi avec le maillot rouge et noir dans les yeux. Entre 2009 et 2012, il s’est formé au Rugby Club Toulonnais avant de partir à 18 ans pour Toulouse, puis pour le Racing 92.
Quatorze ans ont passé. Il n’avait jamais porté ce maillot en professionnel selon L’Equipe.
« Je vais enfin porter le maillot de mon club de cœur », dit-il simplement. Cette phrase dit tout sur ce que représente Toulon pour lui.
Ce retour est géographique autant que sportif. « Ça m’a toujours trotté dans la tête, mais l’opportunité ne s’était jamais vraiment présentée », reconnaît-il. Pendant toutes ces années passées à Toulouse puis à Paris, quelque chose restait en suspens.
« L’histoire est encore plus belle car je rentre chez moi, à Toulon. »
Les doutes, le changement d’air et l’appel de Mignoni : comment la décision s’est imposée
Fickou ne s’est pas précipité. Il a d’abord résisté à l’idée. « Je pensais terminer ma carrière au Racing », avoue-t-il. Après 107 matchs en cinq saisons au Racing 92, le club était devenu sa zone de confort.
Mais quelque chose ne fonctionnait plus. « Je sentais depuis un moment que ma vision de mon jeu n’était pas en corrélation avec ce que l’on produisait au Racing 92. Je pensais aussi qu’il fallait un peu changer d’air pour avoir ce coup de fouet, la flamme qui revient. »
La question s’est alors posée frontalement. « Je me suis dit : est-ce que revenir à Toulon, ce n’est pas revenir en arrière ? » Revenir dans son club de formation à 32 ans peut ressembler à un repli. Fickou l’a regardé en face.
C’est Pierre Mignoni qui a tranché le débat. L’entraîneur du RCT a appelé Fickou directement pas un intermédiaire, pas un agent. « J’ai eu cette opportunité parce que Pierre Mignoni m’appelle et me dit qu’il veut à tout prix que je vienne. La présence de Pierre a été déterminante. »
Du côté du Racing 92, Patrice Collazo a accepté de ne pas activer l’année optionnelle du contrat. Le départ s’est fait sans bras de fer.
« J’avais envie de raviver la flamme. »
La Coupe du monde 2027 : le vrai moteur du retour
Derrière ce retour aux sources, il y a un objectif daté : la Coupe du monde 2027, du 1er octobre au 13 novembre en Australie.
Pour comprendre ce qui a vraiment déclenché ce transfert, il faut remonter au Tournoi des Six Nations 2026. Fickou n’était pas là. Fabien Galthié ne l’a pas sélectionné. « Cela a été un moment dur. J’étais en équipe de France depuis longtemps, il y a une certaine attente autour de toi. Quand tu n’es pas dans le groupe, ça fait toujours mal. »
98 sélections en équipe de France : la légitimité ne protège pas de l’éviction.
Fickou a choisi de transformer cette douleur en carburant. « Ce qui m’a toujours animé dans ce sport, c’est l’équipe de France, plus que tout le reste. » Pas les titres de club, pas les contrats. Le maillot bleu.
C’est précisément pour retrouver ce maillot bleu qu’il signe à Toulon. « Mon objectif, c’est la Coupe du monde, c’est ce qui me tire et m’entraîne à être bon aujourd’hui. »
La concurrence est réelle. Les centres du XV de France ne manquent pas. Fickou le sait. « Rien n’est définitif. À moi de montrer que j’ai encore ma place, même s’il y a une grosse concurrence. C’est la loi du sport. »
Fickou n’arrive pas à Toulon pour finir en beauté. Il arrive pour se qualifier pour l’Australie 2027.
Fickou peut-il reconquérir une place de titulaire en équipe de France d’ici octobre 2027 ?