Deux joueurs expérimentés du Biarritz Olympique, sous contrat jusqu’en 2027, quittent le club via des accords financiers de rupture.
Pour les supporters et observateurs du rugby français, ces départs posent une question directe : comment un club peut-il écarter des joueurs qu’il vient de prolonger ? Selponi et Kibirige ne sont pas des cas isolés : ils sont les symptômes d’une rupture entre la direction sportive du BO et ses recrues expérimentées.
Selponi et Kibirige écartés : la hiérarchie des temps de jeu qui ne trompe pas
Les chiffres sont sans appel. En 2025-2026, Enzo Selponi n’a disputé que 10 matchs pour 585 minutes au poste d’ouvreur , contre 22 matchs et 1 072 minutes pour Edgar Retière au même poste (LNR Pro D2 Effectif officiel Biarritz Olympique 2025-2026). Sur deux saisons au total, Selponi n’aura joué que 16 matchs, inscrivant 90 points. Pour un joueur de 33 ans recruté en 2024 avec un contrat jusqu’en 2027, c’est une marginalisation sportive documentée par les chiffres.
Le cas Kibirige est identique. L’ailier anglais de 31 ans, passé par Newcastle Falcons, Wasps (avant la liquidation du club en 2022) et les Western Force en Super Rugby, n’a joué que 9 matchs pour 624 minutes en 2025-2026 , contre 19 matchs et 1 344 minutes pour Dorian Laborde et 17 matchs pour Arthur Bonneval au même poste (LNR Pro D2 – Effectif officiel Biarritz Olympique 2025-2026). Le président Cyril Arrosteguy a lui-même- reconnu que Kibirige « avait du mal à s’inscrire dans le projet de jeu de l’équipe ».
Pour Selponi, une partie de l’explication est physique. Deux blessures aux adducteurs en cours de saison dès la première journée contre Béziers, puis à mi-octobre l’ont empêché d’enchaîner. L’entraîneur Rémi Bonfils le confirmait : « dès qu’il faisait des gros matchs, derrière une blessure l’empêchait d’enchaîner ». Selponi n’entrait plus dans les plans du staff depuis mars 2026.
Mais les blessures n’expliquent pas tout. Elles ne justifient pas la rupture de contrat anticipée. Et elles ne concernent pas Kibirige.
Le BO a terminé 10e de Pro D2 en 2025-2026, avec un retrait de 3 points au classement pour comptabilisation erronée. La pression sportive est réelle. Elle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer ce qui s’est passé.
Prolongé en 2024, écarté en 2026 : le revirement qui interroge
En septembre 2024, Zach Kibirige prolongeait son contrat jusqu’en 2027, aux côtés de 15 autres joueurs. Il était alors présenté comme « bien installé » sur l’aile. Moins de deux ans plus tard, un accord financier est trouvé pour rompre ce même contrat. Ce n’est pas un ajustement de mercato. C’est un revirement.
Pour Selponi, le calendrier est tout aussi éloquent. En août 2025, l’entraîneur Sébastien Buada déclarait que la demi d’ouverture « arrive dans de bonnes conditions » que la saison précédente. Il était titulaire lors du premier match de la saison contre Béziers. Il a inscrit la pénalité victorieuse à Angoulême en octobre 2025. Puis, progressivement, la hiérarchie s’est référée sur lui. En mars 2026, il n’entrait plus dans les plans. En juillet 2026, son contrat est rompu.
La rupture n’était donc pas programmée dès le départ. Elle s’est construite en cours de saison, ce qui la rend encore plus révélatrice. Le staff a changé d’avis sur deux joueurs qu’il avait lui-même prolongés ou recrutés avec des contrats longs. Ce n’est pas une erreur de casting ponctuelle. C’est un problème de pilotage.
Pour un joueur qui envisageait de signer à Biarritz, ce précédent parle de lui-même : un contrat jusqu’en 2027 ne garantit pas deux saisons de rugby.
Une vague de quatre joueurs écartés : le symptôme d’une crise plus profonde
Selponi et Kibirige ne sont pas seuls dans cette situation. Au printemps 2026, au moins quatre joueurs du BO ont été poussés vers la sortie, selon les informations de Rugby-Addict. Jules Même a rebondi au Stade Montois . Alexandre Plantier a été réintégré. Kibirige, lui, est resté dans l’impasse jusqu’à la rupture du contrat négocié début juillet 2026.
Quatre joueurs écartés en quelques semaines, dont deux avec des contrats longs rompus par accord financier : c’est une restructuration forcée, pas un de mercato.
Le contexte financier du club éclaire ces décisions. Le BO a traversé une saison 2025-2026 sous pression : retrait de 3 points au classement maximal pour comptabilisation erronée, menace de rétrogradation administrative en Nationale annulée en appel et une 10e place en Pro D2 qui ne laisse aucune marge. Dans ce cadre, les ruptures de contrat anticipées fonctionnent comme un levier de réduction de masse salariale. C’est brutal, mais c’est lisible.
Ce qui l’est moins, c’est l’absence de cohérence entre les engagements pris et les décisions prises. Prolonger 16 joueurs en septembre 2024, puis en écarter quatre moins de deux ans plus tard : le message aux futurs signataires est limpide.
Les difficultés financières héritées de la remontée en Pro D2 pèsent sur chaque décision. Elles n’expliquent pas comment le club s’est retrouvé avec des joueurs sous contrat long qu’il ne peut plus assumer sportivement ni financièrement.
Conclusion : quel crédit pour les futures recrues ?
Selponi et Kibirige révèlent une instabilité structurelle au sein du BO. Entre les difficultés financières, la pression sportive et les revirements de cap, le club biarrot envoie un signal troublant à ses futures recrues : les contrats longs ne sont plus des garanties. Edgar Retière prendra le relais à l’ouverture. Le BO tourne la page. Mais à quel prix en termes de crédibilité sur le marché ?
Quel joueur expérimenté signera à Biarritz en sachant qu’un contrat jusqu’en 2027 peut être rompu dix-huit mois plus tard ?